Or, Mucem, Marseille.

Avant l’été, j’ai eu l’occasion de découvrir Marseille et son superbe musée du Mucem. 
Visite guidée d’un musée et de l’exposition Or qui y est présentée jusqu’au 10 septembre 2018.

 

Plantons le décOR 

 

 

Le Mucem est un musée en deux parties : l’une historique— le fort Saint-Jean (érigé sous Louis XIV au XVIIe siècle) — l’autre contemporaine — le bâtiment J4 (Rudy Ricciotti, 2013). Ces deux bâtiments dialoguent grâce à une passerelle piétonne en « super béton » de 115 mètres de long et suspendue à 19 mètres de hauteur.

Imaginez deux cubes, l’un dans l’autre, posés face à la mer. 

Le plus grand — 72 mètres de côté — est composé de murs en dentelle de béton. Le deuxième, à l’intérieur — 52 mètres de côté — est fermé et accueille les salles d’expositions. Cette composition forme le bâtiment J4.

Entre dentelles de béton et salles d’expositions : 309 poteaux, qui libèrent le centre du bâtiment de toute fonction porteuse. Dans ce même espace, au milieu des poteaux, des passerelles permettent une déambulation du rez-de-chaussée jusqu’au toit terrasse (et vice-versa). 

Cette déambulation est rythmée par les différents points de vue que la dentelle nous offre sur Marseille et la Méditerranée. Ici on prend son temps, on regarde, on ralentit.

On déambule jusqu’à trouver sa salle d’exposition, pour moi c’est « Or ».

 

Il est l’or

 

 

« Il est lor, l’or de se réveiller, mon seignor » Vous reconnaissez certainement cette réplique de Yves Montand à Louis de Funès dans La folie des grandeurs (Gérard Oury, 1971).

Cet extrait cinématographique nous accueille dans l’exposition Or (du 25 avril au 10 septembre 2018). Il s’agit de l’or sous toutes ses coutures. À la fois l’or des riches et celui des modestes. L’or métal et l’or symbole.

« Croisant histoire et création contemporaine, cette exposition rassemble des chefs-d’œuvre témoignant de la fascination des civilisations euro-méditerranéennes pour l’or, et ce, depuis plus de trois mille ans. » (texte dans le programme du Mucem).

Cette exposition est remarquable par la diversité des points de vue présentés. Elle mêle films, documents, objets archéologiques, œuvres d’art contemporain et moderne, haute couture, objets populaires et marketing. Il est question de la place de l’or dans nos sociétés et le dialogue entre histoire et art contemporain se fait à merveille.

 


Liza Lou, The Damned (Les Damnés), 2004. Courtesy Galerie Thaddaeus Ropac, London, Paris, Salzburg
Evariste Richer, South Face/North Face (détail), 2010.

 

L’or pour le meilleur et pour le pire

 

L’or ce métal précieux dont la valeur ne faillira jamais. Ce métal brillant qui ne bouge pas, solide mais transformable.

Cette exposition nous fait briller les yeux tout en nous rappelant que l’or est aussi le fruit de la mise en esclavage et de la pénibilité des hommes pour son extraction.

L’or est aussi objet de convoitise mais ceux qui trouvent un trésor ne sont pas forcément des plus heureux. Une compilation de vidéos INA retrace les témoignages de plusieurs personnes ayant trouvés, par hasard, un trésor (dans une vielle maison, un arbre, etc.) mais qui regrette de ne pas l'avoir gardé secret. Avec une touche d’humour involontaire, on compatit à leur regrets.

Trésor trouvé, offert ou hérité, l’or est un métal qui marque tout particulièrement Marseille par l’attachement que ses habitants lui portent. Comme l’écrit Sylvain Pattieu : « le bon Marseillais à l’ancienne, il est sûr de lui, c’est un accent, une attitude, il s’impose, il n’a pas peur d’y aller. Il est direct dans ses relations. Alors porter de l’or sur toi, c’est montrer que tu n’as pas peur. » 

Cet attachement à l’or et aux bijoux, le duo d’artistes anglo-saxon gethan&myles a su parfaitement le démontrer par son œuvre Lazare / The Space Between How Things Are And How We Want Them To Be, surement ma préférée.

 


gethan&myles, Lazare / The Space Between How Things Are And How We Want Them To Be, 2018

 

Dispersées dans toute l’exposition, seize boîtes de verre abritent des objets en or, surtout des bijoux. À côté de chaque boite une histoire à lire, celle des propriétaires des biens qu’elles renferment. Des histoires toutes singulières. En effet, le Crédit Municipal de Marseille, banque populaire de prêts sur gage, met en vente ses objets précieux non réclamés et c’est donc par adjudication que les deux artistes ont acquis 31 biens.

Gethan&myles ont mené l’enquête et ont pu retrouver seize propriétaires pour entendre leurs témoignages et nous les donner à lire. Des histoires émouvantes qui donnent une valeur sentimentale forte à tous ces objets. Et pour plus de poésie, après l'exposition, tous les biens seront rendus à leurs propriétaires !

« C'est la valeur sentimentale qu'ils recèlent qui nous a intéressés, voilà des objets très humains, très vivants » explique le duo d’artistes. Oui, parce que : « L’or c’est transmettre : les billets brûlent, les banques font faillite, les bijoux en or se transmettent de père en fils, de grand-mère en mère. Des anciens aux minots. […] Tu as de l’or c’est pas rien, c’est au moins ça, tu as quelque chose, ça fait quelque chose, tu es quelqu’un. […] L’or c’est fait pour durer. ». (Sylvain Pattieu)

 

Une exposition qui vaut le coup !